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'Hass und Faszination'
 
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Vingt-trois conflits depuis Charles Quint et François Ier. Deux guerres mondiales en un siècle. Pourtant, comme Voltaire et Kant, on s'admire encore entre voisins. Michel Georges

La germanophobie est, en France, un phénomène tardif. Le royaume de France méprise cette mosaïque de duchés et de principautés (en 1780, on compte encore 340 États) qui constitue l'Allemagne. Il se contente de l'envahir régulièrement. «Entre le premier affrontement de Charles Quint et de François Ier et la Seconde Guerre mondiale, il y a eu 23 conflits guerriers franco-allemands, dont la très grande majorité s'est déroulée en territoire allemand», écrit Joseph Rovan dans son Histoire de l'Allemagne.

L'attitude allemande oscille longtemps entre haine et fascination: Frédéric II, roi de Prusse, écrit des lettres passionnées à Voltaire, les souverains bavarois se font construire des répliques du château de Versailles. Mais c'est l'invasion du Palatinat par Louis XIV qui suscite le premier sursaut nationaliste allemand.

La Révolution française provoque outre-Rhin des réactions contrastées. Enthousiasmé, Kant modifie l'inexorable parcours de sa promenade. La Terreur et les guerres napoléoniennes déçoivent: Beethoven biffe la dédicace «À un grand homme» de sa Symphonie héroïque, dédiée à Napoléon.

Avec le philosophe Fichte, le patriotisme devient nationaliste. Et même pangermaniste. Dans ses «Discours à la nation allemande», il proclame la supériorité de la langue, donc de la pensée allemande. Les nazis en tireront l'affirmation de la supériorité de l'Allemagne. Les destins sont scellés: contre l'universalisme révolutionnaire français «dévoyé», le nationalisme allemand jouera l'enfermement national - le peuple, les racines, les fantasmes de pureté médiévale. C'est à la même époque que le mot «boche» est inventé en France.

Avec la défaite de 1870, les Prussiens sont à Paris. L'AIsace-Lorraine est perdue. Les antiboches n'en finiront pas de chanter «Je ne nourrirai pas le fils d'un A-Ile-mand. Ma mamelle est française.» Pis: l'Allemagne unifiée - le Reich - de Bismarck accumule les succès économiques. Les Français haïssent les «commis voyageurs» allemands.

1914. Triste revanche dans les tranchées: 1 400 000 morts français; 1 900 000 allemands. La France a gagné. Mais l'Allemagne compte encore 62 millions d'habitants. La France - 40 millions - devient un pays de veuves et de villages déserts. Le traité de Versailles n'apporte rien à la France, mais affame l'Allemagne et l'enrage en affirmant sa «responsabilité morale» dans la guerre.

Sur ce terreau pourri germera le nazisme, hystérie d'un nationalisme manqué et humilié. Cette fois, la fureur germanique envahit l'Europe et se déchaîne contre l'«ennemi intérieur»: les juifs. L'Allemagne hallucinée ne veut plus qu'une seule racine: germanique. En 1940, l'offensive sur la France atteint en quelques jours la côte atlantique. Une déroute totale.

«Paris humilié, mais Paris libéré.» Le général de Gaulle efface habilement de la mémoire française les taches de la défaite et de la collaboration. Pour l'Allemagne, l'effondrement est politique, militaire et moral. Elle se réfugie dans l'efficacité économique et la ferveur européenne.

1962. Le général de Gaulle fait une visite triomphale en Allemagne et parle du «grand peuple allemand». Le chancelier Adenauer est reçu avec faste dans la cathédrale de Reims. Le traité franco-allemand est signé. Un mariage de raison. Aujourd'hui encore, on ricane outre-Rhin sur la «grande nation française». Et on s'interroge à Paris sur la force du mark et l'«Europe allemande». Bref, on en reste à la dialectique des différences: la nation française contre la puissance allemande.

L’Express, 12-12-1996

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