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'La France, terre d'exil 1830-1914'
 
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La France, terre d'exil 1830-1914

Bien que la monarchie ait été rétablie en France après la fin de la Révolution et du régime napoléonien, le système politique y resta plus libéral que dans bien d'autres pays situés à l'est des frontières françaises, depuis les États allemands, en passant par la monarchie des Habsbourg, jusqu'à la Russie des Romanov. Vers 1830, 10.000 réfugiés politiques vivaient en France; à la veille de la Révolution de 1848/49, on en comptait 11.600 pour la seule ville de Paris. Les chiffres continuèrent à monter au cours des décennies suivantes. Londres et son régime libéral, ainsi que la Suisse, constituèrent des terres d'exil tout aussi importantes pour les réfugiés politiques. De nombreuses femmes aux idées progressistes migrèrent vers la fin du XIXe siècle vers la Suisse, où elles purent poursuivre des études universitaires. Dans ce contexte social tout autre de leur exil parisien, les penseurs réformateurs et révolutionnaires, les activistes et les hommes de lettres purent continuer à développer leurs idées, à discuter et échanger leurs points de vue dans de nombreux organes de presse, à influencer ou du moins à essayer d'influencer depuis Paris le cours des événements en Allemagne, en Pologne ou en Russie. Les socialistes allemands de la première heure, dont Wilhelm Weitling, et les hommes de lettres, comme Heinrich Heine et Ludwig Börne, développèrent leurs vues sur la démocratie politique et sociale radicale sous l'influence de la pensée française d'un côté, et des milieux des compagnons artisans allemands de l'autre. Arnold Ruge, Karl Marx, Friedrich Engels et Moses Hess arrivèrent aussi à Paris dans les années 1840, dans l'espoir de pouvoir réaliser un jour en Allemagne ce qu'ils vivaient à Paris.

Les modernisateurs et révolutionnaires sociaux russes quittèrent l'Empire tsariste après la révolte des Décabristes [1] (1825). Beaucoup d'entre eux trouvèrent une nouvelle patrie à Paris, capitale russophile depuis 1814. Les révolutionnaires polonais et les combattants pour la liberté du territoire russe de partage de la Pologne arrivèrent durant la "Grande Émigration", après la révolte de Varsovie [2] , en 1830/31. Paris accueillit la grande majorité des 7 à 8 mille réfugiés, parmi lesquels se trouvaient des hommes politiques connus, comme Adam Czartoryski [3] . Ces derniers étaient soit des monarchistes, dont le but était de rétablir l'État polonais dynastique, soit des hommes de gauche, qui poursuivaient des objectifs nationaux et socio-révolutionnaires. Après la révolte de Cracovie (1846), l'Autriche annexa ce dernier territoire polonais encore souverain; la révolte de 1863 fut réprimée par la Russie et la Prusse. A la suite de ces soulèvements, en particulier de ce dernier, Paris connut encore une fois l'arrivée de milliers de réfugiés. Même si le nombre total d'exilés ne dépassa pas 20.000 dans les décennies allant de 1830 à 1850, ceux-ci n'en publièrent pas moins de 75 journaux environ, certains à très faible tirage, d'autres à un niveau de diffusion s'étendant jusqu'aux pays d'origine. Les régimes réactionnaires d'Europe ont ainsi contribué au développement de Paris en tant que capitale européenne des émigrés, ainsi qu'à celui de la pensée libérale dans le contexte politique français.