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'L'enseignement en Bade-Wurtemberg'
 
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L'enseignement en Bade-Wurtemberg

Dans ce Land fortement peuplé, le réseau de Grund-/Hauptschulen, Realschulen, Gymnasien et d'établissements d'enseignement supérieur (Hochschuleinrichtungen) est dense. Sa structure typiquement allemande est exposée dans les schémas de comparaison concernant le système scolaire et le système universitaire. Commençons par le système scolaire.

Fig. 1

Le système scolaire en RFA et en France

 

 

 

Source: Große/Lüger 2000: 217

Les principales différences entre les deux systèmes ressortent clairement du schéma: un système scolaire à trois branches face à un collège relativement unitaire, neuf années (bientôt huit) au Gymnasium face à seulement trois années au lycée, un système "double" d'écoles professionnelles et d'apprentissage face à un lycée professionnel presque exclusivement scolaire. Pour plus de détails, cf. Große/Lüger 2000, 216-226.

L'enseignement primaire et secondaire étant en Allemagne du ressort des Länder, le Bade-Wurtemberg peut mener une politique scolaire relativement indépendante. Comme tous les anciens Länder de gouvernement chrétien-démocrate, le Bade-Wurtemberg donne la préférence à un système scolaire à trois branches laissant peu de place aux Gesamtschulen (écoles regroupant les trois branches dans un seul établissement - NdT, système jusqu'à maintenant préféré par le SPD). C'est pourquoi la ville de Fribourg (ainsi que son environnement immédiat: Merzhausen, Sölden etc.) compte 29 Grund-/Hauptschulen (dont 20 sont uniquement des Grundschulen), 6 Realschulen, 13 Gymnasien ainsi que 8 écoles professionnelles et 10 Sonderschulen (écoles pour enfants en grande difficulté scolaire et/ou handicapés - NdT), mais une seule Gesamtschule. A cela s'ajoutent plusieurs écoles privées menant à la Mittlere Reife (˜ brevet des collèges) et/ou à l'Abitur (baccalauréat).

Une autre caractéristique des Länder conservateurs est le baccalauréat centralisé, qui existe aussi en Bavière. (En France, le baccalauréat est même centralisé au niveau national, ce qui suppose un effort nettement plus important en faveur de l'égalité (formelle) des chances entre les élèves et de la comparabilité des établissements scolaires.)

L'instauration généralisée du "Gymnasium de huit années [1] " (G 8) à la suite des quatre années d'école primaire est prévue pour l'année scolaire 2004/05. Officiellement, il s'agit de s'aligner sur le système scolaire de douze années en vigueur dans les nouveaux Länder et les pays voisins (comme la France par exemple); en réalité, ce changement est surtout dicté par la politique d'épargne face à l'endettement du Land. Le nouveau système est déjà en place dans certains Gymnasien ou dans certaines de leurs classes. Ce "turbo-bac" ("Turbo-Abi"), aussi nommé "Kurzgymnasium", exige de la part des élèves un travail plus intense pour acquérir en un temps plus court le même niveau de connaissances. Cependant, la situation dans les cours se révèle déjà maintenant difficile, car le nombre des classes chargées comptant plus de 27, voire 30 élèves, ne cesse d'augmenter. Les Hauptschulen dépérissent pour n'être plus que des "écoles résiduelles" pour les élèves les plus faibles et aussi de plus en plus pour les enfants d'immigrés; toutes les tentatives de la part du Land pour empêcher cette évolution n'ont pu réussir à enrayer cette baisse qualitative. La tendance va depuis longtemps aux Realschulen et aux Gymnasien. La taille des classes y augmente. Pour l'année scolaire 2001/02, l'effectif moyen par classe était de 27,4 élèves dans les Realschulen (contre 27,1 l'année précédente) et 27,6 dans les Gymnasien (contre 27,3 l'année précédente) (source: Badische Zeitung, 20.01.2003, 16). Cela rend plus difficile le soutien individuel des enfants et des jeunes, et ce d'autant plus que le Land (tout comme d'autres Länder) se montre, du fait de son endettement, très réticent en ce qui concerne la création de postes d'enseignants. Une révision des conceptions sera cependant inévitable, au plus tard lors de la généralisation du "Gymnasium de huit années".

Fig. 2

 

 

 

 

Source Internet [2]

Le "turbo-bac" n'est pas le seul à avoir engendré de nombreuses discussions: les résultats de la première étude du PISA/OCDE aussi. Le "Programme for International Student Assessment" (PISA [3] , en français "Programme international de l'OCDE pour le suivi des acquis des élèves") de l'OCDE permet une comparaison internationale des performances des élèves.

Dans les 47 pays participants et dans toutes les formes d'école, le niveau des élèves des classes correspondant à l'âge de quinze ans a été testé dans le domaine de la lecture, des mathématiques et des sciences; la capacité à organiser soi-même son travail (devoirs et révisions) et à résoudre des problèmes ainsi que l'utilisation de technologies de l'information ont également fait l'objet d'une évaluation. Lors de la première étude (2000) à laquelle 32 pays ont participé, les élèves allemands ont obtenu des résultats nettement moins bons que leurs homologues, notamment français. Ils sont arrivés 21èmes en lecture (les Français 14èmes) et 20èmes en mathématiques (les Français 10èmes) et en sciences (les Français 12èmes). Cependant, il ressort des résultats détaillés publiés en mars 2003 qu'au sein de l'Allemagne, le Bade-Wurtemberg et la Bavière ont obtenu de meilleurs résultats que par exemple les Länder du nord du pays; dans certains domaines, ils atteignaient même le niveau de la Finlande, seul pays européen situé dans le peloton de tête de tous les pays (aux côtés du Japon, de la Corée du Sud et de la Nouvelle-Zélande). On constate également que dans le "Ländle" (surnom donné au Bade-Wurtemberg issu du dialecte régional - NdT) l'intégration des enfants d'immigrés venus de l'ancienne Union Soviétique et de Pologne est mieux réussie qu'ailleurs (Badische Zeitung, 07.03.2003, 4). Du côté allemand, on avança entre autres les raisons suivantes pour expliquer les différences frappantes avec les résultats français: la scolarisation plus tardive en Allemagne (souvent seulement à l'age de sept ans), le fait que les élèves français ont cours toute la journée (et non uniquement le matin) y compris le soutien particulier apporté aux élèves dans les quartiers défavorisés et le fait que l'on accorde en France davantage d'importance à la "mémorisation". "En France, on sait encore qu'il faut apprendre, même si cela n'est pas toujours drôle" fut le commentaire par exemple de J. Thomas sur ce sujet très vivement discuté (in: Dokumente, mars 2002, 76).

Fig. 3

Les pays participant à l'étude PISA

 

 

Source Internet (03.05.2004)

L'examen détaillé des résultats de la deuxième et de la troisième étude du PISA [4] (2003 et 2006) permettra d'en savoir plus sur les compétences, mais également sur les déficits des élèves allemands et particulièrement de ceux du Bade-Wurtemberg. (Des exemples d'exercices - en allemand - peuvent être consultés sous: http://www.ipn.uni-kiel.de/projekte/pisa [5] . Cf. aussi: http://www.mpib-berlin.mpg.de/pisa/index-pisa_sg3.htm [6] . Le CD-ROM "PISA 2000: Die Studie im Überblick", édité en 2003 par digital tainment pool à Hambourg, coûte 9,99 euros (ISBN 3-89956-148-1). Il contient des explications détaillées, 60 questions tirées de l'étude, un aperçu de l'étude du PISA 2003 ainsi que d'autres questions portant sur les domaines faisant l'objet de l'étude et auxquelles il faut répondre dans un temps limité.)

Plusieurs nouvelles décisions de la politique de l'enseignement "de Stuttgart" ont causé de nombreuses discussions, ces décisions ne peuvent être ici que succinctement présentées:

  1. A partir de l'année scolaire 2003/04, les langues étrangères sont enseignées dans toutes le écoles primaires, et ce dès le CP. Dans les secteurs proches de la frontière française (i.e. de Weil à Karlsruhe), la langue ainsi enseignée est le français, dans les autres l'anglais. Avec l'enseignement du français dans le Rhin Supérieur, le Bade-Wurtemberg répond à l'enseignement, déjà plus largement établi, de l'allemand en Alsace.
  2. En réaction aux résultats de la première étude du PISA, le Bade-Wurtemberg a été le premier Land à profondément remanier les programmes pour les différentes formes d'école et leurs matières. Il s'agit désormais de transmettre aux élèves moins de savoir concernant des faits précis, mais davantage de culture générale ainsi que de compétences sociales (cf. le projet pour les programmes scolaires: Bildungspläne). - Ces objectifs sont également ceux de la réforme des trois dernières années de lycée (gymnasiale Oberstufe), surnommée la "réforme de la réforme du lycée", prévue depuis 1992 par Marianne Schultz-Hector, prédécesseur de l'actuel Ministre de l'Education du Land Annette Schavan. Le système de cours faisant la distinction entre Leistungskurse (˜ matières principales) et Grundkurse (˜ matières secondaires) est supprimé et le bac repose désormais sur une base plus large comprenant entre autres l'allemand, les mathématiques et une langue étrangère ainsi que deux autres matières.
  3. On envisage à long terme également un allongement du temps de travail hebdomadaire ainsi qu'éventuellement un rehaussement de l'âge de la retraite pour les enseignants fonctionnaires, une partie des nouveaux enseignants recevant seulement le statut d'employés, tout en ayant la possibilité, plus tard, de devenir fonctionnaires. En avril 2003, l'augmentation d'une heure du temps de travail obligatoire pour les enseignants des écoles professionnelles et des lycées a déclenché une vague d'indignation. Cependant cette augmentation dictée par la politique d'économie menée par le Land semble n'être que le début d'un ensemble de mesures. Tout le monde sait que certaines décisions du Ministère de l'Education sont dues à la pression exercée par le Ministère des Finances.

La brochure d'information "Französische Fremdsprachenassistenten an deutschen Schulen" (9ème édition 2003) répond entre autres aux questions des jeunes assistant(e)s français(es) concernant leur séjour en Allemagne et leur offre des conseils et idées pour les cours. Elle contient aussi un "Petit lexique de l'assistant" expliquant les termes de base de la vie scolaire quotidienne allemande. Cette brochure du Carolus-Magnus-Kreis est disponible aux éditions third eye media, Industriestr. 2a, D-41352 Korschenbroich (ISBN 3-927575-69-0).

Les principales différences entre les systèmes français et allemand de l'enseignement supérieur, lesquelles sont également valables pour une comparaison entre Rhône-Alpes et le Bade-Wurtemberg, sont présentées dans le schéma suivant. Pour des détails, cf. Große/Lüger (2000, 226-244) et Kempf (1997, 377-389).

Fig. 4

L'enseignement supérieur en RFA et en France

 

 

 

 

Source: Große/ Lüger 2000: 227

Les établissements d'enseignement supérieur du Bade-Wurtemberg ne relèvent pas du Ministère de l'Education (Kultusministerium), mais du Ministère des Sciences et de la Recherche (Ministerium für Wissenschaft und Forschung). Celui-ci règne sur un large "paysage d'enseignement supérieur [7] " qui comprend actuellement dix universités (dont les trois plus anciennes Heidelberg, Fribourg et Tübingen), six Pädagogische Hochschulen, 38 Fachhochschulen (écoles supérieures spécialisées - NdT) dont dix non publiques ainsi que sur diverses écoles supérieures d'art et de musique et même une académie du film et à partir de l'automne 2003 une académie de la musique pop (à Mannheim). Deux autres particularités sont à noter: les Pädagogische Hochschulen (établissements supérieurs de formation des enseignants des écoles primaires, des Hauptschulen et des Realschulen - Ndt) sont restées indépendantes, alors que dans les autres Länder elles ont été intégrées dans les universités; l'existence de huit Berufsakademien (˜ "académies professionnelles") dans les domaines économique, technique et social. Ces académies sont très fortement orientées vers la pratique, car les étudiants sont parallèlement à leur formation déjà employés par une entreprise. Seuls la Saxe et Berlin disposent également de telles Berufsakademien.

Fig. 5

Etablissements d'enseignement supérieur en Bade-Wurtemberg

 

 

 

 

 

 

 

Source Internet (03.05.2004)

 

Afin de combattre le taux parfois très élevé d'interruption des études dans les cursus de Magister et d'aligner les diplômes allemands (sauf le Staatsexamen) sur le monde anglo-saxon, la Konferenz der Kultusminister der deutschen Bundesländer (KMK [8] - Conférence des ministres de l'Education des Länder allemands, NdT) a décidé de remplacer peu à peu les cursus de Magister et de Diplom, et ce progressivement de juin 2003 à l'an 2010 au plus tard: au bout de six semestres (trois années) les étudiants pourront obtenir un Bachelor (BA) et, en cas de bonnes notes, un Master (MA) au bout de quatre semestres (deux années) supplémentaires. Certaines universités (comme Constance et Karlsruhe) sont en avance dans l'application de ces mesures, mais dans les trois universités traditionnelles également on voit apparaître à l'heure actuelle déjà des nouveaux cursus de Bachelor présentant une réglementation plus stricte qu'auparavant. Quant à savoir quel accueil le marché du travail réservera à ces nouveaux diplômes de fin d'études, le Bachelor et le Master, l'avenir nous le dira.

Pays à faibles ressources naturelles et orienté vers l'exportation, le Bade-Wurtemberg investit davantage dans les sciences et la recherche (3,7% du PIB allemand) que la plupart des autres Länder (en moyenne 2,3%). Au niveau européen, le "Ländle" occupe même le premier rang parmi les régions dans le domaine de la recherche scientifique. Cependant, ce mérite revient davantage aux entreprises privées qu'à l'Etat: " En Bade-Wurtemberg, les trois quarts des dépenses totales de recherche et développement proviennent des entreprises privées. D'après les statistiques, le reste se répartit entre les établissements d'enseignement supérieur et les centres de recherche non-universitaires, comme les Max-Planck-Institute et les centres de la Fraunhofer-Gesellschaft" (Badische Zeitung, 11.09.2002, 27). Au total, près de 100.000 personnes travaillent dans ces établissements, dont environ 70.000 (en 1999) dans les départements de recherche et développement des entreprises privées. Dans le cadre de la concurrence entre les régions au niveau mondial, où il s'agit surtout de décisions d'implantation de la part de grandes entreprises internationales (et par là donc d'emploi et de revenus fiscaux), le Bade-Wurtemberg ne peut bien entendu pas faire le poids face aux pays du tiers-monde ou aux pays d'Europe de l'est et d'Asie du sud-est quant au niveau très bas des salaires. Mais il offre des capacités dans le domaine de la recherche et de la technique qui deviennent de plus en plus importantes pour les entreprises de haute technologie: des capacités par exemple dans le domaine de la construction de biens de production, des techniques et de la recherche médicales, de l'agrochimie, de la recherche sur les énergies alternatives… Et il peut se vanter que des grandes entreprises telles que Daimler-Chrysler, Porsche, Bosch, IBM, SAP, Hewlett Packard, Burda ou Hugo Boss y ont déjà leur siège.