|
Il serait excessif d'affirmer que l'histoire
de l'urbanisme de Paris entre les réseaux du Second Empire
et les villes nouvelles de la Ve République reste méconnue,
tant les monographies et les études des transformations urbaines
se sont multipliées depuis deux décennies. Peu d'interprétations
d'ensemble des politiques et des projets constitutifs du Paris métropolitain
ont cependant été avancées, les travaux publiés
ne situant que fort rarement les développements parisiens dans
un cadre international. L'étude des modèles ou, à
tout le moins, des expériences discutées entre la fin du
XIXe siècle et la Seconde Guerre mondiale reste donc à faire,
et doit constituer une composante d'une analyse de ce grand cycle de modernisation.
Ainsi, dans le domaine des politiques culturelles, certaines comparaisons
précises ont fait la preuve de leur pertinence. [1]
|
|
L'Opéra de Paris
(Palais Garnier)
|
| Source Internet (28.11.2003)
|
|
Dans la phase de réflexions intenses sur le destin de Paris qui
sépare la naissance de la IIIe République de la Première
Guerre mondiale, les expériences allemandes et en particulier celles
conduites à Berlin constituent une référence permanente,
au même titre que celles menées à Londres. L'attention
à l'actualité de la gestion urbaine berlinoise se conjugue
avec l'observation du paysage urbain de la capitale du Reich. Le spectre
thématique de ces observations est particulièrement vaste,
et doit être rapporté aux préoccupations qui sont
celles des édiles, des professionnels - architectes, ingénieurs,
paysagistes - et des critiques parisiens. Quant à leurs supports,
ils sont d'une égale variété, des récits de
missions techniques et des rapports de mission aux ouvrages pour le grand
public.
|
|
Le Théâtre de Berlin,
construit en 1816-1818 par Karl Friedrich Schinkel.
|
| Source
Internet |
|
 |
La France a un statut privilégié dans la culture berlinoise
depuis longtemps [2]
et Paris est perçu comme une "ville d'art" par les esthètes
et les architectes allemands, ainsi que Hartmut
Frank l'a montré [3],
mais aussi, du côté de la culture populaire, comme une ville
vouée aux divertissements et à la frivolité. C'est
de son côté comme une métropole moderne articulée
à ses réseaux et à ses territoires et où se
développent des politiques sociales complexes que Berlin est observée
par les Parisiens. Nation rivale sur la scène européenne,
voire mondiale, dans le cadre de la dernière phase du partage colonial,
l'Allemagne figure parmi les "pays modernes", au même
titre que les États-Unis d'Amérique, et est, comme eux,
objet de reportages visant, du point de vue des nationalistes, à
"réveiller" les Français de leur torpeur coupable.
Pour les pionniers de l'urbanisme français, partisans actifs d'une
méthode comparative d'analyse et de projection, Berlin est en revanche
un des termes auxquels les solutions envisagées pour Paris sont
rapportées.
Berlin fait en effet figure d'entité autonome, alternativement
opposée au reste de l'Allemagne ou considérée comme
condensant l'Allemagne, et prenant de la sorte la figure d'une synecdoque.
De ce point de vue, la réception de l'architecture et de l'urbanisme
berlinois doit être pensée comme inclue dans deux dispositifs
distincts. Le premier, narratif, est celui de la réception globale
de Berlin dans la culture intellectuelle et littéraire française,
analysée par exemple par Cécile
Chombard Gaudin [4];
le second, technique et méthodologique, est celui de l'observation
parallèle des grandes villes que sont Londres, New York et Chicago,
posture fondatrice des nouvelles politiques urbaines européennes,
qui détermine également les modalités de l'analyse
de Berlin. [5]
|